Vendredi 9 décembre 5 09 /12 /Déc 20:27

Un documentaire sur l'autisme suscite la controverse dans le milieu de la psychanalyse

Estimant avoir été piégés et ridiculisés, trois psychanalystes intentent un procès à la réalisatrice du " Mur ", Sophie Robert, jeudi 8 décembre

 

 

 

 

Les sujets les plus complexes sont parfois ceux qu'on évoque de la façon la plus simpliste. L'autisme, par exemple. S'estimant victimes d'un " sabotage ", trois psychanalystes ont assigné la documentariste lilloise Sophie Robert, réalisatrice d'un film de 52 minutes intitulé Le Mur et sous-titré La psychanalyse à l'épreuve de l'autisme, en demandant l'interdiction de sa diffusion. L'affaire devait être entendue sur le fond, jeudi 8 décembre, au tribunal de grande instance de Lille.

Diffusé depuis le 8 septembre sur le site Internet de plusieurs associations de parents d'autistes, Le Mur a été partiellement financé par l'association Autistes sans frontières. Sa réalisatrice y met en scène une dizaine de psychanalystes, qu'elle a longuement interrogés. L'un explique que cette pathologie peut être la conséquence d'une dépression maternelle, un autre parle de " mère psychogène ", un autre encore de " désir incestueux " et de " folie transitoire " de la mère. Ce jargon psychanalytique est présenté en opposition avec deux familles filmées dans leur environnement quotidien, dont les enfants autistes, affirment les parents, ont bénéficié d'une prise en charge éducative et comportementale. L'ensemble a pour objet de montrer l'inefficacité, voire la nocivité de l'approche psychanalytique de l'autisme au regard des méthodes éducatives. Sans guère convaincre, tant aucune vraie parole n'est finalement donnée ni aux uns ni aux autres.

Les trois psychanalystes qui l'ont assignée en justice, Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens, sont tous membres de l'Ecole de la cause freudienne. Après avoir été contactés par Sophie Robert en septembre 2010 " en vue de la réalisation d'un film documentaire ", ils estiment avoir été " piégés " dans " une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse ". Sophie Robert leur ayant assuré que la diffusion télévisuelle de ce film était " sérieusement envisagée, notamment sur la chaîne Arte ", ils demandent à être considérés comme auteurs et à pouvoir, à ce titre, empêcher la diffusion de leurs propos. Le tribunal devra par ailleurs examiner si la réalisatrice est sortie des autorisations de tournage qu'ils ont signées préalablement à leur interview.

" Sophie Robert est venue me voir pour un 52 minutes qui devait être diffusé sur Arte, sur la psychanalyse et l'autisme. Mais des trois heures d'entretien que j'ai passées avec elle, elle n'a pratiquement gardé qu'un bref passage, où je parle... de biologie ! ", commente pour sa part le pédopsychiatre et psychanalyste Bernard Golse, chef de service à l'hôpital Necker-Enfants malades, qui évoque une " affaire lamentable ". Même réaction de la part de Pierre Delion, chef de service au CHRU de Lille, qui s'estime " victime d'un abus de confiance ".

Pour ce pédopsychiatre psychanalyste, la théorie selon laquelle l'autisme serait provoqué par la mère est " complètement dépassée ". " La psychanalyse n'a rien à dire sur les causes de l'autisme, dont on sait aujourd'hui qu'elles peuvent être à la fois d'origine génétique, neurodéveloppementale et environnementale ", précise-t-il, en ajoutant que ce trouble nécessite " une prise en charge pédo-psychiatrique intégrative, qui articule trois approches : éducative, pédagogique et thérapeutique ". Un discours qui n'apparaît nullement dans Le Mur, bien que Sophie Robert ne le démente pas.

" Je ne conteste pas que certains psychanalystes disent qu'il faut une approche intégrative. Mais le fait est que j'ai découvert le contraire, affirme-t-elle. J'ai découvert que pour le noyau dur des psychanalystes français, qu'ils soient freudiens, lacaniens ou autres, la notion de toxicité maternelle en matière d'autisme reste extrêmement présente. Dans leur théorie comme dans leur pratique. "

Si plus personne ne conteste aujourd'hui l'efficacité du dépistage précoce de l'autisme et de son traitement par des programmes éducatifs adaptés, la prise en charge de ce trouble envahissant du développement (TED) reste notoirement insuffisante en France. Là est le vrai problème. Et l'opposition entre psychanalystes et partisans des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), restée très vivace au pays de Lacan, n'a pas contribué à le résoudre, entretenant au contraire un climat de polémique dont les enfants autistes et leurs familles ont longtemps été les otages.

La situation a toutefois commencé à évoluer ces dernières années, et la plupart des experts se concentrent désormais sur la nécessité d'améliorer le diagnostic et le traitement précoces de cette grave pathologie du développement, qui concerne environ deux personnes sur mille de moins de 20 ans. Depuis deux ans, la Haute Autorité de santé et l'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux élaborent notamment des recommandations de bonne pratique sur la prise en charge éducative et thérapeutique des enfants et adolescents avec autisme. Leurs conclusions devraient être rendues publiques au premier trimestre 2012.

Catherine Vincent

© Le Monde

Par mag2
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Profil

Le quotidien des pros, face à la psychanalyse

Témoignages parents

Témoignages de personnes autistes

Revue de presse

Autour du film "le mur, psychanalyse à l'épreuve de l'autisme"

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés